Le jour glisse sur moi comme un étrange moment dans lequel je n'ai pas ma place. Le bruit, la lumière du soleil, les gens, les conversations qui s'amassent dans mes mails ou mes autres applications... C'est trop. Trop à la fois. Ce trop sature tellement mes sens que j'en perds la direction. Je suis là sans être là à la fois. En réalité, mes journées commencent quand ma fille rentre du lycée, et se terminent quand je l'y dépose au matin.
J'embrasse donc ma journée avec le coucher du soleil, variant selon la saison. Inéluctablement, mon cerveau se lève en opposition. Tout prend sa place, tout prend du sens, une forme d'hyperactivité s'empare de moi et j'abats alors méthodiquement cette forêt de travail en quelques heures, drapé dans la lueur réfléchie de l'astre qui traverse les persiennes des volets et vient lécher mon bureau. Enfin, je suis dans mon élément, un Velvet dans la nuit comme un poisson dans l'eau, expression étrange si l'on y pense, car un poisson hors de l'eau dépéri et finalement pour moi... c'est ainsi aussi.
Les rendez-vous se fixent de jour. Il en va de même pour les échéances, pour les relations et pour la vie civile. Un décalage permanent installé depuis trente ans, des journées passagères avec un passager allongé qui attend que le temps passe, afin que la tombée du jour puisse enfin le relever. Le silence nocturne, doux et rassurant, n'est dérangé que par la musique qui le ponctue et le rythme des pensées qui fusent.
Parfois, je regarde le peuple du jour et je l'envie de savoir s'y plonger avant de s’abandonner à la nuit. Nous sommes sur la même autoroute, mais pas dans le même sens et quand nos phares se croisent, nos vies s'échangent. Ils m'impressionnent, ces gens dans la lumière. Mes proches se demandent comment je fais, sans savoir que je me pose la même question à leur égard.
Mais en fait, c'est juste un Glitch perdu au milieu des autres.